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Déclaration à l’occasion de la visite en France de Léon XIV

Photo du rédacteur: Eglise Gnostique Apostolique
Eglise Gnostique Apostolique
il y a 8 minutes
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Paris, le 26 septembre 2026 A.D.


✠


En ces jours où Léon XIV (Robert Francis Prevost) parcourt la France et où Paris l’accueille de Notre-Dame à la place de la Concorde en passant par le Stade de France, il m’a semblé opportun de présenter aux fidèles et aux chercheurs francophones cette traduction de la déclaration rédigée en 2015 par Tau Apollonius, alors Coadjuteur cum jure successionis du Primat Évêque de notre Église en Amérique du Nord, et aujourd’hui Primat de celle-ci.


Ce texte fut écrit en réponse aux propos répétés de son prédécesseur, François, à l’encontre des Gnostiques et du Gnosticisme. Plus de dix ans ont passé, un autre homme occupe désormais le siège romain, et c’est dans la capitale même de notre diocèse que ce dernier vient aujourd’hui parler d’espérance, de fraternité et de dignité humaine. Ces mots sont beaux certes. Mais la question que soulevait Tau Apollonius en 2015 demeure entière : Rome peut-il défendre la liberté religieuse et prétexter la plus grande tolérance tout en nous désignant comme un « danger » ou une « hérésie » ?


Dans un temps où les crispations identitaires et les lectures littérales des textes sacrés nourrissent tant de divisions, cette interrogation mérite d’être posée, avec calme et fermeté, au moment précis où tous les regards se tournent vers Paris.


Puisque certains nous contestent jusqu’au nom de chrétiens, qu’il me soit permis de rappeler d’où vient notre Église. Elle est née ici même, à Paris, le 21 septembre 1890, lorsque Jules Doinel, Tau Valentin II, restaura l’Église gnostique, il y a cent trente-six ans presque jour pour jour. Sous ses successeurs, Léonce Fabre des Essarts puis Jean Bricaud, elle reçut les successions apostoliques qui fondent la validité de ses sacrements : la lignée johannite de Fabré-Palaprat, la succession carmélite de Vintras, celle de l’abbé Julio, et celle qui, par Joseph-René Vilatte, remonte au Patriarcat syrien d’Antioche et, d’Évêque en Évêque, jusqu’à l’apôtre Pierre, cette même source apostolique dont se réclame « l’Évêque de Rome ». Elle a traversé le XXᵉ siècle au prix du sang de son patriarche Constant Chevillon, assassiné par la Milice en 1944. C’est Robert Ambelain qui lui donna à Paris le nom d’Église Gnostique Apostolique ; le patriarcat passa ensuite aux Amériques, où la Primatie d’Amérique du Nord en assura la continuité, avant que l’Église ne soit rétablie à Paris en 2022 par mon intermédiaire. C’est de cette Primatie, via Tau Apollonius, l’auteur du texte qui suit, que j’ai reçu la consécration épiscopale pour le siège de Paris, le 21 juin 2024 à New York, lors du dernier Saint Synode. Chaque maillon de cette chaîne est nommé, daté, documenté. Notre Église n’est ni une invention ni une contrefaçon : elle est légitime dans sa fondation, valide dans ses sacrements, traçable dans chacune de ses successions.


Il ne s'agit pas ici d'opposer une Église à une autre, ni de répondre à l'anathème de Rome par un autre anathème. La Gnose, dont notre Église porte le nom, est une connaissance. Ce n'est ni un savoir appris, ni l'adhésion à des vérités définies par une autorité, ni la starification d’une personne, mais la connaissance directe et vécue du divin présent en l'homme. Nous tenons que chaque être humain porte en lui une étincelle de la Lumière divine, exilée dans le monde et appelée à se ressouvenir de son origine, le Plérôme. Le salut n'est donc pas pour nous l'affaire d'une institution qui le dispenserait, ni d'un credo qu'il suffirait de professer : c'est un éveil, que nul ne peut accomplir à la place d'un autre. Rome enseigne qu'il n'y a point de salut hors de l'Église ; nous disons qu'il n'en est point sans la connaissance de soi, où Dieu se révèle.


Ce qui nous distingue tient donc moins au faste qu'au regard porté sur autrui : nos sanctuaires ignorent la Concorde et les Champs-Élysées, et celui ou celle qui cherche Dieu par un autre chemin n'est pas pour nous un « danger », mais un frère ou une soeur en quête. La voie gnostique est une voie d'expérience, où le symbole et la vérité qui s’y cache pour le profane n'est pas aboli mais compris et intégré, et par là rendu à sa pleine efficacité dans le seul objectif d’accomplir la présence de Dieu en chacun de nous.


Puisse ce texte, en ces jours où la puissance écrasante de Rome s'invite à Paris, éclairer ceux qui s'interrogent sur notre Église, dissiper quelques malentendus anciens, et rappeler que la quête spirituelle est inséparable de la liberté de conscience et de la recherche de la connaissance.

 

Paris, le 26 septembre 2026

Tau HERACLÉON II

Évêque de Paris, Sanctuaire du Saint Paraclet

Église Gnostique Apostolique


 

 

Déclaration sur les différences

entre l’Église Gnostique Catholique

et l’Église Catholique Romaine

rédigée en réponse aux condamnations des Gnostiques

et du Gnosticisme par le pape François

 

25 octobre 2015 A.D

Traduction française par Tau Heracléon II

✠

Lors de sa visite aux États-Unis en 2015, le pape François (Jorge Bergoglio) s’est exprimé à plusieurs reprises en faveur de la liberté religieuse. À la Maison-Blanche, il a affirmé le « droit à la liberté religieuse » et la nécessité de « préserver et défendre cette liberté contre tout ce qui pourrait la menacer ou la compromettre »[1]. Devant les Nations unies, il a déclaré que « les dirigeants gouvernementaux doivent tout faire pour garantir que tous puissent jouir […] de la liberté spirituelle, qui inclut la liberté religieuse […] »[2]. À Philadelphie, il a dit : « Dans un monde où diverses formes de tyrannie moderne cherchent à étouffer la liberté religieuse, ou tentent de la réduire à une sous-culture privée de voix dans l’espace public […], il est impératif que les fidèles des différentes religions unissent leurs voix pour appeler à la paix, à la tolérance et au respect de la dignité et des droits d’autrui »[3].

 

Pourtant, en dépit de ces paroles qui en appellent à l’idéal populaire de liberté religieuse, le pape François s’exprime fréquemment contre les chrétiens gnostiques, les qualifiant de « danger »[4], d’« hérésie »[5] et de « forme frelatée de christianisme »[6]. Il dit des chrétiens gnostiques qu’« ils ne sont pas chrétiens, ils se déguisent en chrétiens »[7].

Le pape François a affirmé qu’un « théisme diffus, sans incarnation historique, […] produit, dans le meilleur des cas, un œcuménisme maçonnique »[8]. Le théisme est la croyance en l’existence de Dieu ou de plusieurs dieux. L’œcuménisme est la doctrine de coopération et de compréhension mutuelle entre confessions religieuses, visant l’unité chrétienne universelle. Le pape dénonce ainsi les religions (et la franc-maçonnerie) qui croient en Dieu sans pour autant accepter les conceptions spécifiques de Dieu propres à l’Église catholique romaine, ni sa doctrine selon laquelle le Jésus historique serait l’unique fils de Dieu.

 

L’Église de Rome proclame qu’« il n’y a point de salut hors de l’Église [romaine] ». Depuis les premiers temps du christianisme, elle s’est efforcée d’effacer de la surface de la terre les autres traditions religieuses, dont le christianisme gnostique. Il est incohérent de proclamer la vertu de la liberté religieuse tout en qualifiant d’autres chrétiens d’« hérétiques » et de « dangereux ». Une rhétorique aussi chargée est précisément ce qui pousse certains croyants vers le fanatisme, dans l’espoir d’éliminer ce qu’on leur a désigné comme un « danger ».

 

L’interprétation strictement littérale des symboles religieux est la racine et la source de bien des fanatismes, des guerres de religion et des souffrances humaines à travers le monde. L’homme possède un instinct religieux naturel qui agit sur lui aussi puissamment que les instincts sexuel et de violence, et qui s’exprimera, consciemment ou inconsciemment[9]. Le rituel religieux (comme la messe catholique) répond à un besoin profond de vivre une représentation concrète du voyage de la psyché à travers les phases de séparation, de transformation et de retour. Cette idée abstraite est plus aisément assimilée par la psyché lorsqu’elle se présente sous forme de symboles plutôt que comme une simple idée intellectuelle. Lorsque l’homme comprend d’abord, consciemment et intellectuellement, que les figures divines d’un rituel représentent son propre voyage intérieur, alors le rituel religieux satisfait son besoin religieux. Mais lorsqu’une religion ou une culture interdit cette compréhension intellectuelle et exige que ses symboles soient pris à la lettre, la psyché humaine subit une scission. Le fanatisme religieux et la guerre sont des maladies de la psyché : celles d’un puissant besoin religieux frustré par le littéralisme et contraint à s’exprimer de façon impropre.

 

Dans tout le monde antique préchrétien, au sein des religions à mystères d’Orient et d’Occident, la figure héroïque du rituel religieux était un fils mi-humain, mi-divin, né d’une vierge. L’Homme-Dieu symbolise la double nature de chaque personne, à la fois humaine et divine, physique et spirituelle. Avec l’avènement du christianisme, Jésus a endossé le rôle du héros rituel. Les sept sacrements du christianisme furent institués selon le modèle commun des religions à mystères, et les premiers chrétiens les appelaient d’ailleurs « Mystères ». Les sacrements (c’est-à-dire les Mystères) ont toujours été pratiqués afin d’exprimer, sous la forme d’un drame rituel extérieur, l’expérience intérieure de l’âme. Ce n’est que chez certains chrétiens, surtout après le IIIᵉ siècle, qu’est apparue l’idée singulière selon laquelle les sacrements seraient pratiqués pour commémorer l’événement historique de la dernière Cène de Jésus.

 

Le pape François recourt de manière répétée à une rhétorique qui rabaisse les Gnostiques en les présentant comme des chrétiens « superficiels », des « chrétiens de paroles »[10], « ne s’intéressant qu’au rationalisme et aux idées »[11]. C’est là une grossière déformation du Gnosticisme. L’Église Gnostique pratique les sacrements chrétiens selon la tradition des Écoles à Mystères et les vénère comme des véhicules de la grâce divine. Cependant, pour le Gnostique, la figure centrale du drame religieux de la Sainte Eucharistie (la messe) n’est pas le lointain Jésus historique, mais le Christ mystique en l’homme. À mesure que les chrétiens fidèles se dépouilleront des faux dogmes du littéralisme et vivront les sacrements en comprenant qu’ils sont un drame mystérique universel du Christ mystique et cosmique, ils pourront de nouveau faire l’expérience de leur puissance rédemptrice, car ils sont les Mystères universels et l’héritage spirituel de l’humanité.

 

25 octobre 2015 A.D.

 

Tau APOLLONIUS

Coadjuteur cum jure successionis du Primat Évêque

Église Gnostique Apostolique (Catholique) de l’Amérique du Nord

 

Actuel Primat Évêque de Église Gnostique Apostolique


[1] « Remarks by President Obama and His Holiness Pope Francis at Arrival Ceremony », Maison-Blanche, 23 septembre 2015. Sauf mention contraire, les sources en ligne citées dans ces notes ont été consultées le 30 septembre 2015.

[2] « Full Text of Pope Francis’ Speech to United Nations », PBS, 25 septembre 2015.

[3] « Pope Francis: Philadelphia Was Founded as “Haven of Religious Freedom and Tolerance” », ABC News, 26 septembre 2015.

[4] « L’Esprit Saint nous fait entrer dans le mystère de Dieu et nous préserve du danger d’une Église gnostique et du danger d’une Église autoréférentielle, en nous conduisant à la mission. » Stefania Falasca, « Ce que j’aurais dit au consistoire », 30Giorni, 1ᵉʳ novembre 2007.

[5] « L’une des premières hérésies du christianisme fut celle de la pensée gnostique. » Thomas Williams, « Pope Francis: Christians Must Avoid “Heresy” of a Faraway God », Breitbart, 7 mai 2015.

[6] François, Evangelii Gaudium, exhortation apostolique sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, 24 novembre 2013.

[7] « Ce sont les gnostiques modernes. La tentation du gnosticisme. Un christianisme “liquide” […]. Il y en a beaucoup, de ces chrétiens. Mais ils ne sont pas chrétiens, ils se déguisent en chrétiens. Ils ne savent pas ce qu’est le Seigneur, ils ne savent pas ce qu’est le roc, ils n’ont pas la liberté des chrétiens. Et pour le dire plus simplement, ils n’ont pas de joie. » Le pape leur prête aussi « une certaine “gaieté” superficielle » et les dit « esclaves de la superficialité, de cette vie vague ». Radio Vatican, 27 juin 2013.

[8] Préface à Guzmán Carriquiry Lecour, Una apuesta por América Latina, 2011, citée par Donald McClarey, « PopeWatch: Libertine Atheism », The American Catholic, 3 avril 2014.

[9] C. G. Jung, Psychologie et religion [Psychology and Religion], New Haven, Yale University Press, 1966.

[10] « Il y a toujours eu la tentation de vivre notre christianisme non pas sur le roc qu’est le Christ […] ; c’est la tentation de ces chrétiens de paroles, d’un christianisme sans Jésus, d’un christianisme sans Christ. […] Il y a un premier type, que l’on peut appeler “gnostique”, qui, au lieu d’aimer le roc, aime les belles paroles », et flotte ainsi à la surface de la vie chrétienne. « Des chrétiens superficiels qui croient en Dieu, au Christ, mais de façon vague ; ils ne croient pas que c’est Jésus-Christ qui vous donne un fondement. » La suite reprend les propos cités note 7. Antonio Spadaro (éd.), Encountering Truth: Meeting God in the Everyday, New York, Crown, 2015, « Joyfully Build Your Lives on Jesus the Rock ».

[11] Le pape y décrit le gnosticisme comme « une foi purement subjective, dont le seul intérêt est une certaine expérience ou un ensemble d’idées et de bribes d’informations censées consoler et éclairer, mais qui, en définitive, maintiennent la personne prisonnière de ses propres pensées et sentiments ». Evangelii Gaudium, op. cit.

 
 
 

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