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Adresse et homélie de Noël, par Tau Heracléon II, Évêque de Paris

  • Photo du rédacteur: Eglise Gnostique Apostolique
    Eglise Gnostique Apostolique
  • 25 déc. 2025
  • 7 min de lecture
« Mercure confiant l’enfant Bacchus aux nymphes de Nysa », par François Boucher, 1734.
« Mercure confiant l’enfant Bacchus aux nymphes de Nysa », par François Boucher, 1734.

Salutations, paix et bénédictions apostoliques, au nom du Xristos Soter Logos, au sein du Divin Plérôme. Amen. 


En ce matin où le monde célèbre la naissance du Verbe fait chair, nous nous réjouissons dans la félicité silencieuse du Cœur intérieur, là où la Lumière se révèle à l’âme qui écoute. Noël, pour l’initié, n’est pas seulement la mémoire d’un événement terrestre, mais la célébration de la naissance du Feu-Christ dans l’homme et dans la création. C’est la divine étincelle s’élevant du chaos de la matière, le rayon solaire qui vient féconder la caverne obscure du monde, là où les puissances de l’ombre sont dissoutes par la présence du Sauveur. Dans cette caverne, sous le regard des anges, naît l’Enfant éternel entre l’humilité et la force — entre l’âne de la patience et l’amour, et le taureau de la force et de la volonté, symboles des deux natures qui doivent être unies en l’homme.


Pour les Gnostiques, Noël est la “nativité de la lumière divine” au sein de l’âme. Le Christ-Lumière s’incarne dans la mangeoire humble du corps et du psychisme humain, invitant chacun à reconnaître et à réveiller le Christ intérieur, l’étincelle divine qui doit croître et vaincre les ténèbres intérieures. Ce festin invite chaque personne à vivre éclairée par cette lumière, à marcher dans la nuit et à conquérir les ombres de l’ignorance, à traverser les voiles du monde sensible pour atteindre la vision du Plérôme. Non pas seulement à se souvenir d’un miracle du passé, mais à laisser la force née en soi rayonner dans la vie quotidienne, comme une flamme qui ne s’éteint jamais.


Noël est profondément lié au solstice d’hiver, moment où la lumière du soleil renaît et annonce la victoire du jour sur la nuit. Les solstices sont les moments où le soleil arrive à son point le plus septentrional ou méridional et semble s'arrêter avant de tourner dans sa course. En juin, le soleil est à son point le plus proche, et en décembre à son point le plus éloigné. Si l'on considère le solstice d'hiver, c'est le moment où la lumière commence à revenir et où la quantité de lumière du jour commence à augmenter, représentant ainsi symboliquement la naissance de la Lumière à travers les âges. Il s'agit d'un évènement cosmique, le cycle de l'univers. De même, la naissance du Christ-Feu dans le cœur de l’initié marque le triomphe de la lumière intérieure sur les ténèbres de l’ignorance. La mangeoire, la crèche, la lumière des cierges, tout symbolise le foyer où la divine étincelle vient se loger dans l’âme humaine, humble et secrète, mais capable de briller d’un feu inextinguible, comme un phare dans les ténèbres du monde.


La véritable “sacrifice” du Logos, et son vrai mystère, c'est sa descente dans la matière, son incarnation dans la chair et l’esprit humain, afin que chacun puisse reconnaître en soi la présence de la Lumière divine et savoir que Dieu est en l'homme. La mangeoire et l’étable sont des symboles : le lieu humble où les animaux sont nourris devient l’image de la condition humaine où la semence divine est secrètement déposée, attendant le moment de l’éveil. Les bergers, les mages, la grotte, l’étoile, ne sont pas seulement des personnages et lieux devant être lus au premier degré, mais des symboles de l’initiation, de la guidance intérieure et du chemin qui mène de l’obscurité à la gnose, du chaos à l’ordre.

Ainsi, Noël est un appel à vivre, à revivre, et à espérer, à laisser la flamme du Christ intérieur — Dieu en chacun de nous — éclairer nos pensées, nos paroles et nos actes, à chasser les ténèbres par la charité, la recherche de la connaissance et l’amour inconditionnel. C’est une invitation à renouveler notre conscience, à approfondir notre connaissance de nous-mêmes et à laisser rayonner cette force née dans le cœur de chacun, comme une étincelle du feu divin qui brûle éternellement dans le cœur des initiés.

C’est à cette compréhension intérieure que se rattache le texte qui suit, issu du Cérémonial de l’Église Gnostique, publié en 1902 par notre Évêque Tau Sophronius (un document unique en notre possession), sous le titre : Explication de la Christophanie, que nous vous transmettons ci-dessous :


"C’est au moment où l’aurore ouvre ses portes d’or que l’étoile du berger annonça la venue du jeune roi, et l’enfant naquit dans une caverne, entre un âne et un boeuf. Les chœurs angéliques firent entendre leurs chants.


Aussitôt né, le nouveau-né fut confié aux nymphes qui en prirent soin et le déposèrent avec précaution sur un lit de feuilles sèches et de paille. Elles ne pouvaient se lasser d’admirer la beauté du nouveau-né. Lorsque l’enfant s’endormait, elles s’efforçaient de le réveiller en faisant du bruit avec des tambours et des clochettes.


Les bergers qui avaient veillé toute la nuit dans la plaine vinrent à la caverne pour se reposer un peu. Ils y trouvèrent le nouveau-né et l’adorèrent. Ainsi se passèrent les premiers jours du jeune Dieu parmi les bergers. Plus tard, les mages aussi l’adorèrent à l’heure indiquée par l’étoile.

Toute la cérémonie de Noël se rapporte à la naissance du Christ-feu sur la terre et parmi les hommes. Et comme en ce jour on célèbre aussi, extérieurement, la naissance de l’homme en qui le Christ s’est incarné, les deux naissances se confondent, et ce qui est attribué à l’homme appartient en réalité au Christ. Cependant, ésotériquement, il s’agit de la naissance de l’homme sauveur, et il faut bien les distinguer.


La nuit de Noël, en dehors du temple, diverses pratiques profanes se déroulaient chez les anciens. On savait que, par la magnétisation des plantes, on pouvait en stimuler la croissance. On savait aussi que, chez les anciens, le Christ-feu contenu dans la végétation était nommé Iachos, communément appelé Bacchus. En hiver, cette force vitale sommeille dans les plantes. Après le solstice d’hiver, elle s’éveille. L’orgie bacchique avait pour but de stimuler la croissance des plantes, surtout des arbres fruitiers, par les effluves humains. L’intention était : 1) d’éveiller l’enfant endormi par des appels et 2) par de nombreux effluves humains, de le fortifier, de lui donner de la vigueur. Voici comment on pensait parvenir à ce résultat.


De jeunes hommes et femmes, vigoureux, buvaient du vin jusqu’à l’ivresse. Le vin, comme l’a observé Reichenbach, amplifie considérablement les effluves émis par l’être humain. « En une circonstance, dit-il, j’ai montré que chez un homme qui d’ordinaire n’émettait que de faibles lueurs, les sensitifs élevés pouvaient, dans l’obscurité, le voir de loin comme s’il était tout en feu lorsqu’il avait bu. » Après cela, ces jeunes gens sortaient la nuit de Noël, traversant la campagne en cortège joyeux, se tenant par la main, formant de longues chaînes, se mouvant vigoureusement de façon à émettre le plus d’effluves possible devant les plantes. Ces chaînes étaient précédées de musiciens jouant de la flûte, frappant des tambourins, résonnant de cymbales et de clochettes, accompagnés de porteurs de torches allumées. Les cris des hommes et des femmes, voulant être perçants, finissaient par devenir rauques, hésitant à sortir de leur gorge. Les mouvements se transformaient bientôt en convulsions. Finalement, la danse devenait impossible. Les incantations étaient dites, et les participants, épuisés, tombaient à terre. Le cri de ralliement des bacchantes était : Hé–Vau–Hé–Io. En France, encore aujourd’hui, dans certaines provinces, des jeunes gens parcourent les champs la nuit de Noël en portant de longues baguettes faites de matière inflammable."


Le but de ce texte est double : il invite d’abord à une réinterprétation spirituelle de la Nativité, en dépassant le simple récit historique pour accéder à une compréhension intérieure et initiatique, où la lumière du Christ-Feu n’est pas un simple événement, mais une réalité cosmique qui se manifeste à travers les cycles du monde et les âmes des initiés. Ensuite, il évoque les pratiques anciennes — telles que l’orgie bacchique — qui étaient pratiquées comme des actes de magie spirituelle, visant à stimuler la force vitale du Christ-Feu en l’homme et dans la nature, cette force considérée comme dormant dans les racines de la terre pendant l’hiver et se réveillant au solstice d’hiver, marquant le retour de la lumière et de la vie, l’éclosion du divin dans le monde sensible.


Les pratiques profanes de Noël (dont nos sapins et nos cadeaux sont les héritiers symboliques) visent également à stimuler cette force, afin d’éveiller et de renforcer le Christ-Feu en la nature et en l’homme. Ainsi, le Christ n’est pas seulement un personnage, mais une énergie divine universelle, présente dans les cycles naturels et dans les rites païens antérieurs à la naissance de Ieshu, qui a incarné cette présence divine au plus haut point sur cette terre. Pour nous, Gnostiques, la venue du Christ dans la crèche n’est donc pas une nouveauté, mais la manifestation d’une réalité spirituelle qui existait déjà, sous d’autres noms et formes, dans les traditions anciennes.


Que la lumière du Christ-Feu, née en ce matin sacré, brûle en chacun de vous, éclairant les profondeurs de votre cœur et dissipant les ombres de l’ignorance. Que l’étincelle divine, déposée dans la mangeoire humble de votre être, grandisse et rayonne à travers vos pensées, vos paroles et vos actes, comme le feu inextinguible de la connaissance et de l’amour. Que la force du Christ-Feu, éveillée par la nuit du solstice et ravivée par la joie des anciens rites, circule dans vos veines et anime votre vie, transformant la matière en lumière, l’humilité en puissance, et la patience en amour. Que la guidance des anges, des bergers et des mages vous accompagne sur le chemin de la gnose, et que la flamme du Sauveur intérieur vous guide toujours vers le Plérôme, source de toute vie et de toute vérité.


Dans la Gnose et la Lumière, recevez ma bénédiction et que la paix éternelle du Plérôme vous illumine ainsi que votre famille, vos proches, vos cœurs et vos esprits en cette journée de la présence de la Lumière.


Ŧ Heracleon II

Évêque de Paris, Sanctuaire du Divin Paracler


 
 
 

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